Le MoDem a essuyé un revers cinglant aux présidentielles, non pas tant par la non-élection de François Bayrou, notre candidat, mais par la faiblesse du score obtenu. Les « sarcastifleurs » se gaussaient d’une envolée à 16%, un moment atteinte dans les sondages, prédisant un effondrement et un score à un chiffre : les 9,13% du score final leur donnent raison. F.Bayrou a été courageux, égal à lui-même, droit, sincère, pugnace ; il conserve dans l’opinion l’estime des Français que l’on peut résumer en trois mots : intelligence, culture, intégrité. Nous ne pouvions avoir meilleur candidat. Pourquoi cet échec ? Je ne suis pas politologue, je n’ai aucune connaissance spécifique, néanmoins je me permets d’apporter le point de vue d’un adhérent de base qui n’est concerné par aucun mandat électif.
La première de ces raisons est d’ordre constitutionnel. La candidature à l’élection du Président de la République au suffrage universel direct implique un quota de 500 élus dans 30 départements au minimum ; ce nombre apparemment bénin n’a pu être atteint par des personnalités aussi importantes que des ministres (de Villepin, Lepage, Boutin…) ; cette candidature nécessite également des fonds importants, le plafonnement étant fixé pour les deux tours à 37,8 millions d’euros. Dans la réalité, seuls les deux partis se partageant le pouvoir au rythme de l’alternance peuvent se permettre de présenter un candidat ayant des chances d’être élu. Le 1er tour devient une mascarade et les médias ne s’intéressent qu’aux deux élus potentiels : la seule question posée inlassablement par les journalistes à F.Bayrou était de savoir à quel candidat il se rallierait au second tour. L’acharnement de F.Bayrou à prétendre qu’il serait au second tour amusait les journalistes qui s’en gaussaient, répétant inlassablement qu’il était illuminé et par là même son message devenait inaudible. Cette disposition constitutionnelle conditionne les journalistes qui, bafouant l’équité et l’honneur professionnel, n’ont pas intérêt à créditer les « petits » candidats, mais, bien au contraire à se ranger du côté du vainqueur…, carrière oblige (!) et l’élection tourne au pugilat, au combat de boxe : à ma gauche, X, champion toute catégorie super puissant, à ma droite le tenant du titre, vif, agile, rusé… on compte les coups, on applaudit aux uppercuts et le match terminé, pendant que les uns remisent les bouteilles de champagne, les autres se répandent en s’égosillant : on a gagné ! On a gagné ! Et la foule se donne rendez-vous cinq ans plus tard pour un nouveau spectacle dans l’arène politique. Triste spectacle, là où tout devrait être gravité et dignité. (A l’heure où j’écris ces lignes, les instituts de sondage publient les % que les différentes formations vont obtenir aux législatives, alors qu’il s’agit d’élections locales et que les candidatures ne sont pas encore déclarées ! Une telle perversion des médias pesant sur le corps électoral devrait être condamnée et la publication des sondages interdite.)
La deuxième raison est d’ordre structurel : les partis politiques sont des entités anti-démocratiques. Ils ont abandonné leurs fonctions premières: écoute et enseignement. Ecoute du peuple, tant dans sa généralité sociale que catégorielle : agriculteurs, ouvriers, commerçants, artisans, enseignants, etc. A partir de cette écoute, élaborer une « politique », la faire connaître en retour, puis, par des primaires internes, choisir celui qui semble être le meilleur pour défendre le programme élaboré, et le « députer » auprès des assemblées. Nous en sommes loin !
La France est répartie en circonscriptions qui sont autant de « fiefs » que vont s’arracher les familles politiques. L’une d’entre elles élira le roi, qui sera, sinon constitutionnellement mais dans les faits : « son » roi ; les autres formations entreront alors en dissidence, s’acharnant à critiquer et à détruire, avec la volonté tenace de renverser le monarque et sa famille et de prendre sa place, ce qu’elles appellent pudiquement : l’alternance ! Nous sommes en pleine féodalité, à l’époque où le pouvoir royal devait lutter contre les grandes familles dont les deux plus célèbres furent les Plantagenets et les Bourguignons !
De leur côté, les élus deviennent des notables : à eux la puissance, les honneurs et…. la richesse. Ainsi, à la noblesse d’épée, a succédé la noblesse de robe, à laquelle succède aujourd’hui dans notre république, pseudo démocratique, la noblesse politicienne. Les places sont chères, car elles sont rares : quelques milliers quand on additionne les sénateurs, les députés européens, les présidents des conseils régionaux et les maires des mégapoles. Les places sont d’autant plus rares que rien n’interdit le cumul des mandats, ce qui, en diminuant d’autant le nombre des élus, accroît la richesse et la puissance de ces « cumulards » élevés à la dignité princière («… ces princes qui nous gouvernent » comme l’écrivait naguère l’un d’entre eux : Michel Debré !)
Cette noblesse peut devenir turbulente et d’autant plus dangereuse qu’elle devient pérenne : on entre en politique pour y faire carrière, d’où la nécessité de bien choisir les candidats. Interne à chaque parti, la commission exécutive, la plus réduite possible, y pourvoit. Le choix du député échappe ainsi à sa base électorale, le candidat devenant un « parachuté », comme en témoignent quelques exemples : l’équipée de Jack Lang, à qui il faut bien trouver, coûte que coûte, un siège malgré ses 73 ans ; Ségolène Royal imposée à la Rochelle, malgré le choix des militants ; plus près de nous, les socialistes de la 3ème circonscription qui doivent s’effacer devant un candidat écologiste, et les UMP de la 1ère circonscription qui se voient imposer un candidat rejeté par une grande partie d’entre eux !
Le bon choix est d’autant plus impérieux que le candidat doit, après son élection, être d’une docilité, d’une soumission à toute épreuve, ce qui fait dire à Collard l’avocat FN exhortant ses électeurs : « ces parlementaires mollusques qui aux ordres votent sur un bouton, là où il faudrait être un casse-couille !» ; au moindre éclat, au moindre écart, à la moindre velléité d’exprimer un avis personnel, la sanction est fatale : le fautif ne sera pas reconduit dans sa circonscription, c’est la déchéance, le retour à la roture. Dans ces conditions, la présence à l’assemblée est-elle si nécessaire ? Triste spectacle que ces retransmissions télévisuelles laissant apparaître les « sièges »… désespérément vides.
Toutes ces déviances ont contribué à décrédibiliser la fonction politique. Laissé dans l’ignorance, l’incompréhension des dossiers, l’électeur s’enthousiasme pour les effets de manche et vote pour celui dont les promesses, tout utopiques soient-elles, font rêver. Celui qui dit la vérité passe pour un défaitiste, « il doit être exécuté », comme chantait naguère Béart !
Moraliser la vie publique, interdire le cumul des mandats, limiter la durée d’un mandat à deux exercices, ne permettre une prolongation qu’aux parlementaires ayant atteint l’expérience d’un portefeuille et s’étant hissés par leurs propositions et leurs actions à la stature d’un homme d’Etat, interdire tout carriérisme qui engendre les compromissions, pour ne pas dire, les magouilles ! Tous ces points doivent être discutés dans les sections, les fédérations, en fonction des charges assumées (une municipalité de village ne peut être mise sur le même plan qu’une municipalité urbaine). Et sans relâche : instruire. Instruire les électeurs et pas seulement les adhérents, en faisant participer le plus grand nombre aux réflexions : établir une communication verticale entre les politiciens spécialistes des problèmes concernés et les électeurs de base, établir une communication horizontale entre les adhérents et les sympathisants.
Telles sont les conditions nécessaires et indispensables (à mon humble avis) pour élever le niveau de responsabilité des électeurs et donner à la France un régime réellement démocratique.
Claude RIOLAND – MoDem 37



